LES BRIGADES RUSSES EN FRANCE

et à SALONIQUE - 1916-1918


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Parcours individuels - Témoignages

100 ans après, beaucoup d’archives familiales ont disparu alors que les archives militaires et administratives s'ouvrent à tous ! Aujourd’hui, ce sont les petits-enfants qui essaient de reconstituer  le puzzle,

mais pour beaucoup, hélas,  le lien avec le pays d’origine, la famille russe a été perdu…

Il semble urgent de rassembler tout ce que nous avons conservé !

Ne perdons pas définitivement le peu de l'histoire, entourée de silence, qui nous a été transmise !

Et le récit individuel s’inscrit dans un récit collectif, historique, et prend tout son sens.

Merci aux descendants qui accepteront de partager leurs souvenirs familiaux, c’est un hommage modeste que nous rendrons ainsi à ces hommes qui ont perdu leur pays, leur famille en venant combattre en France ou dans les Balkans.

Comment ont-ils appris que leur grand-père ou arrière-grand-père était un soldat russe venu se battre en France

pendant la 1ère Guerre Mondiale ?  L'ont-ils connu ?  Ont-ils pu lui parler ?

Et lui, parlait-il de son histoire ? Où en sont leurs recherches ?

Histoire du petit-fils de Simon Rikatcheff

A LA RECHERCHE DE SIMON RIKATCHEFF, SOLDAT RUSSE 


    Mon grand-père maternel, Simon Rikatcheff, est décédé le 30 octobre 1968.

J’étais profondément attaché à lui. C’était un homme bon. Le fait qu’il soit russe (ensuite naturalisé français) et orthodoxe ajoutait à la fascination qu’il exerçait sur moi.

    Quand je m’adressais à lui, je disais « Pépère ». Quand je parlais de lui, je disais « Pépère Simon » ou « Pépère d’Ancier » (petit village de Haute-Saône, où il a fondé une famille).

    À sa mort, j’allais avoir 18 ans quelques jours plus tard. Je me souviens très bien de lui. Les images sont nombreuses gravées dans ma mémoire.

     Une parmi tant d’autres… Je me souviens d’avoir trouvé dans la grange, au fond, dans quelque recoin, accrochés à un clou, une casquette et une baïonnette. « C’est quoi ça, Pépère ? ». Je crois bien que c’est la seule fois où il m’a dit qu’il avait été soldat durant la Grande Guerre. « Je peux les garder, Pépère ? ». « C’est pour toi. »

     Je m’étais promis depuis longtemps de « faire, un jour, quelque chose, pour toi, Pépère. » 

    Confusément, cela voulait dire partir à la recherche de Simon Rikatcheff, soldat russe. Pour mieux le connaître et pour lui rendre hommage.

   Les archives familiales, recueillies par Maman et conservées pieusement pendant des décennies par moi qui en suis le gardien, contenaient documents civils et militaires, lettres en russe, photos et cartes postales (ayant voyagé ou non) … Elles allaient me fournir de précieux éléments pour mon enquête.

    Celle-ci a débuté en octobre 2014 quand mon épouse Marie-Christine et moi avons décidé d’aller en Champagne au Fort de la Pompelle, au sud-est de Reims, dans la Marne.

Je savais que Pépère s’était battu en Champagne où il fut gazé.

    Ce déplacement, à l’instinct, fut riche en découvertes et en contacts. Il allait être le facteur déclenchant de mon enquête sur Simon Rikatcheff, mon Pépère, qui fut un soldat du Corps Expéditionnaire russe en France en 1916.

    Je découvrais, de façon confuse, qu’il s’était battu dans ces lieux.

Simon Rikatcheff - Семён Ригачев

né le 31 juillet 1891 à Kourino

Commune de Samokroje

Gouvernement de Novgorod

Agent de liaison au 6ème Régiment

de la 3ème Brigade

Dès lors, je décidai de créer un blog qui lui est dédié pour raconter mes recherches et mes découvertes.

     Elles ont été riches en contacts, archivistes, historiens, collectionneurs, etc. Les lectures d’ouvrages, livres et revues, peu nombreux, ont complété mon information.

    Puis il y eut la rencontre avec d’autres descendants, fils, petit-fils, arrière-petit-fils, de soldats russes, mus par les mêmes motivations, mieux connaître l’aïeul, rechercher, qui sait ?, des cousins en Russie.

    Je fis la connaissance des premiers à Courcy le 16 avril 2015 lors du vernissage de l’exposition « Les soldats russes à Courcy en avril 1917 ».

    Petit à petit, un réseau s'est ainsi constitué.

    Au fur et à mesure des recherches, les choses se précisant, je conçus le projet d’écrire un livre, actuellement en cours d’impression : « Simon Rikatcheff, 1891-1968, un soldat du Corps Expéditionnaire russe en France en 1916, mon Pépère »[1].

    Le récit est très personnel, sans aucune prétention scientifique. Il ne s’agit pas de retracer l’histoire du Corps Expéditionnaire russe et encore moins celle de la Grande Guerre.

     Il s’agit tout au contraire de chercher dans quel environnement a évolué mon grand-père. À quels combats a-t-il participé ? Dans quels lieux ? À quels moments ? Pourquoi ? Comment ?

     Sachant ce que je sais désormais, je regrette amèrement de ne pas avoir fait parler davantage mes grands-parents, mes parents, ma tante et mon oncle ! On vit comme si les êtres aimés étaient éternels.

     Un beau jour, on découvre, un peu tard, qu’ils ne sont plus là pour raconter leur histoire ou pour préciser un point de leur parcours.

     Au moins mes enfants et petits-enfants savent quel homme fut Simon Rikatcheff !

                                                                                                                                                                      21 juin 2019

[1]. Le présent texte est tiré du préambule du livre.                                                                                                                                                    Jean-Paul Boulère

Petit-fils de Simon Rikatcheff / Semion Rigatchev

- Le journal du petit-fils de Simon Rikatcheff,  soldat de

la 3ème Brigade du Corps Expéditionnaire Russe en France :

Histoire de la petite-fille de Georges Vinogradoff

Mon grand-père, cet inconnu !

 

    Je n’ai que peu de souvenirs directs  de mon grand-père russe puisqu’hélas je n'avais que 7 ans quand il a disparu. Néanmoins je me souviens d’un monsieur très élégant dans une robe de chambre cachemire  nous distribuant de délicieux chocolats…  Tout le  reste me fut  transmis par mon père qui vouait un véritable culte à son papa  et  à son pays d’origine, la Russie…

    Qu’avait-il retenu mon père, fils de Georges Vinogradoff ? 

 

Né  le 21 avril 1898 dans un petit village de la province de Tver,  il rejoint son frère aîné à Saint-Pétersbourg et s’engage dans l’armée où il sert dans les unités de la Garde. Il se porte volontaire pour les Brigades, au grand désespoir de ses parents !

   À l'âge de 19 ans, il part d'Arkhangelsk et débarque à Brest en été 1917 avec l’unité de renfort de la  2ème Brigade. Il est acheminé dans le sud de la France et rejoint les 2ème et 4ème  brigades à Salonique. Il s’engage ensuite dans la Légion étrangère le 10 juin 1918 à Vodena où il est intégré dans le 1er régiment étranger d’infanterie comme mitrailleur. On le retrouve le 5 juillet 1918 à Lyon d'où il rejoint le front. Il est blessé   le 6 septembre près de Soissons où il est secouru par une infirmière russe. Il est  promu caporal  et reçoit la croix de guerre avec étoile de bronze.  L'infirmière, devenue comme une « marraine de guerre », lui fournira une emploi de chauffeur après sa démobilisation, le 24 octobre 1920...

 

Il se marie en France en 1923 et obtient la nationalité française le 24 février 1927 pour « le sang versé ».

   Tel était, dans les grandes lignes,  le récit familial. Mais sur les brigades, pratiquement rien,  cette histoire restait bien mystérieuse…

Comme beaucoup de ces soldats russes restés en France, le souci primordial avait  été de s’intégrer et de faire de leurs enfants de bons petits Français. D’ailleurs j’ai découvert par la suite que mon grand-père  appelait ses fils et sa fille mes «  enfants français »…

Découvrir qui était mon grand-père, qui était sa famille, les raisons exactes de son départ  de Russie  a été  presque une quête du Graal , une sorte de mission que je me suis assignée. Cela passait nécessairement par la réappropriation de la langue de mon grand- père que j’ai eu ensuite le bonheur d’enseigner.

Ce grand-père, en devenant français, avait perdu son prénom : Egor est devenu Georges, fils d’une famille de six enfants dont il était le  plus jeune fils.

   Mon cher grand-père, je l’ai donc redécouvert, j’ai eu la chance de retrouver toute sa famille, de voir son village natal, les paysages qu’il aimait tant, de fleurir les tombes de ses parents, de recevoir en   « héritage » les lettres qu’il a envoyées à ses frères et sœurs jusqu’à sa mort, de 1921 à 1959 donc…

   Aujourd’hui cette famille séparée, si triste d’avoir perdu le frère aimé devenu comme le héros de la fratrie, s’est retrouvée et c’est tous ensemble que nous avons pu reconstituer le parcours de vie des frères et des sœurs Vinogradov.

   Mon grand-père n’est plus un inconnu, c’est un éternel jeune-homme, amoureux d’une jeune Ania avant son départ de Russie, joueur de balalaïka et d’accordéon. Puis il part pour la France et se marie avec une jolie française Elise et devient ainsi notre grand-père russe….

 18 juillet 2019

Michèle Vagner-Vinogradoff

Petite-fille de Georges Vinogradoff / Egor Alexeïevitch Vinogradov

Georges Vinogradoff - Егор Алексеевич Виноградов

Assis à gauche, en Russie avant son départ pour la France

Né le 21 avril 1898 - Province de Tver

2ème Brigade de renfort à Salonique

Georges Vinogradoff - Егор Алексеевич Виноградов

Après sa démobilisation, en 1921

Histoire du petit-fils de Georges Cléret

                                                                         Georges Cléret "la force du destin"

 

Alain Pavlik Dauthieu est le petit-fils de Georges Cléret, Officier

dans la 1ère Brigade. Son grand-père a servi dans les brigades

russes en qualité d’interprète : il était parfaitement bilingue

puisque son père était français. Comme beaucoup de descendants,

il a peu de souvenirs personnels de son grand-père.

Néanmoins, on ne peut qu'être frappé par son côté romanesque :

un jeune homme vivant en Russie mais d’origine française qui

part combattre en France, sur le sol de ses ancêtres et qui,

en définitive, ne peut rentrer chez lui …

Sa nouvelle vie s’écrira en France où il est enterré.

Alain, malgré le peu qu’il a pu reconstituer de l’histoire de

Georges Cléret est attaché profondément à cet héritage russe :

la langue, la culture et la religion orthodoxe. C’est un « franco-russe »

de fait et de cœur.

Son témoignage est un hommage à son grand-père,

et à travers lui, à tous nos grands-pères russes qui nous manquent tant !

 

Interview de Alain Dauthieu par Michèle Vinogradoff

 

- Alain, que savez-vous du parcours militaire de votre grand-père ? Comment s’est-il retrouvé dans les brigades russes, à quelle date est-il parti, dans quelle unité ?

              Il a été muté en 1916 du 163ème régiment d’infanterie de réserve et affecté à la 1ère brigade spéciale (Général Lokhvitsky) et placé sous le commandement du colonel Diakonoff (2ème régiment), avec grade d'enseigne, puis de sous-lieutenant. Sa fonction : aide de camp.

               Pourquoi ? Il était parfaitement bilingue russe-français. Il a suivi tout le trajet de la brigade du général Lokhvitsky et via Marseille s’est donc retrouvé en Champagne en 1916 et a connu les combats du Front. Pour sa participation aux combats d’Auberives de cette année 1916 il a été décoré de la médaille de l’ordre de Saint Stanislav 3ème classe.


- Que connaissez-vous de la vie de votre grand-père en Russie avant son départ pour la France ?

                Malheureusement presque rien, ne l’ayant pas connu.


- Il fait partie de ces « Russo-Français » installés en Russie et qui, ironie du destin, va retrouver la terre de ses ancêtres, du fait de ce conflit. Pouvez-vous nous parler de cette famille Cléret ?

              Mon arrière grand-père, Gabriel Eugène Cléret, de ce que m’a relaté ma mère, était français originaire de Bordeaux et a émigré en Russie au 19è siècle. Il s’est marié avec une Russe : 1er mariage franco-russe !!

Son fils, Georges Cléret, mon grand-père donc, né le 12 janvier 1893 à Moscou, s’est marié à Moscou avec ma grand-mère, Chliapina Olga, native (07/07/1895) d’un bourg (Veretia) absorbé en 1932 avec d’autres bourgs pour devenir la ville de Berezniki, dans l’Oural : 2ème mariage franco-russe !!

Ma grand-mère a pu accompagner mon grand-père et a accompli en bateau le périple des troupes russes (Moscou-Dairen en Mandchourie-Marseille).


- Qu’est devenu votre grand-père à la fin de la guerre, savez-vous ce qu’il est advenu de la famille Cléret en Russie ?

               Mon grand-père et ma grand-mère sont restés en France et se sont fixés à Arras. Deux filles sont nées, Olga et Irina ma mère. Celle-ci, Française mais d’origine russe s’est mariée avec un Français : 3ème mariage franco-russe !! Mon grand père et ma grand-mère ont divorcé en 1930. Je ne sais pas si de la famille existe encore en Russie.


- Que reste-t-il de cet héritage russe pour vous, Alain Dauthieu ? Comment s’est faite la « transmission » de la langue, de l’héritage culturel ?

 J’ai vécu une enfance de petit français normal où l’on parlait français et seulement français. Mais ….il y a eu ma grand-mère ! C’est d’elle que vient mon deuxième prénom (qu’elle souhaitait) : Pavlik, c’est ensuite ses récits. Certes elle me parlait français mais elle me parlait d’un pays mystérieux, l’Oural, où l’on entendait les loups la nuit ! Au collège d’Arras j’ai commencé à apprendre le russe et … je continue aujourd’hui ! Ma passion : la culture russe ! la littérature, la musique, bref tout ce qui est russe. Il m’arrive aussi d’être extrêmement critique vis-à-vis de la Russie, mais pour autant je ne peux pas vivre sans elle !........elle est en moi. L’histoire russe fait, bien sûr, partie de ma passion. Le parcours de mon grand-père s’inscrit dans celle-ci et croise l’histoire familiale.

Comme tous les descendants de ce corps russe en France, je souhaite que ne soient pas oubliés tous les soldats et officiers russes morts pour la France et enterrés à Saint-Hilaire-le-Grand en Champagne et dans d’autres cimetières (dans le Nord : Tourcoing, Lille sud, Haubourdin). Je n’ai pas connaissance de tels cimetières dans le Finistère où je réside actuellement.

Rendez-leur un hommage !

 2 septembre 2019

Alain Pavlik Dauthieu

Petit-fils de Georges Cléret

Georges Cléret - le 1er à droite,

puis le Colonel Diakonoff, puis le Général Lokhvitski

Histoire de l'arrière-petit-fils du Général Lokhvitsky

          Un arrière-grand-père et un peu d'histoire....

 

Après la chute de Bismarck en mars 1890, la France et la Russie, à la recherche d'un nouvel équilibre européen, signent une convention militaire d'auto-assistance en août 1892, et ratifient un traité d'amitié franco-russe le 4 janvier 1894.

Le tsar Alexandre III, signataire de ce traité avec le président Carnot, décède la même année le 1er novembre, et son fils, Nicolas II hérite des destinées de la Russie. C'est dans ce cadre d'amitié franco-russe qu'en 1916, Nicolas II désigne Nicolas Alexandrovitch Lokhvitsky, général d'infanterie et mon arrière grand-père, comme chef du Corps Expéditionnaire Russe et commandant de la 1ère Brigade Russe Spéciale. Ces troupes, une fois arrivées en France, seront placées sous commandement français pour combattre les Allemands.

Les Allemands barrant l'Europe en deux, le voyage n'est pas simple ; alors, embarquement dans le train à Moscou, direction plein Est, traversée du lac Baïkal en ferry-boat, passage en Mandchourie puis arrivée au port de Dairen, japonais à l'époque. Ensuite et après embarquement sur des bateaux français dont le Latouche-Tréville, quelques petites escales : Saïgon, Singapour, Colombo, Djibouti, Suez, et enfin Marseille le 20 avril 1916 après 58 jours de mer. L'accueil y est grandiose, puis remontée sur Paris, descente des Champs-Elysées sous les acclamations des parisiens, puis ensuite, direction le front de Champagne.

Général Nicolaï Lokhvitski - 1867-1933

Début juillet 1916, la 2ème Brigade du général Dieterichs destinée au front de Salonique emprunte la voie du Nord, beaucoup plus courte mais plus dangereuse en raison des sous-marins allemands en Mer du Nord, embarquement à Arkhangelsk et arrivée à Brest deux semaines plus tard après avoir été escortée successivement par les marines britannique puis française. Ensuite, la 2ème brigade rejoint Marseille pour embarquer pour la Macédoine.

La 3ème Brigade du général Marouchevsky, également destinée à la Macédoine embarque à Arkhangelsk et emprunte le même itinéraire que la précédente et arrive à Brest puis est transférée sur Marseille. D'ailleurs pour marquer son escale, un obélisque est érigé sur l'esplanade Charles de Gaulle à Brest. En raison de quelques problèmes de discipline, la brigade reste en France et rejoint le front de Champagne .

Enfin, la 4ème Brigade du général Leontieff, destinée au front de Macédoine pour remplacer la brigade précédente embarque en septembre, transite par Brest puis Marseille et Salonique.

Il n'y aura pas d'autres brigades russes en renfort malgré les vœux du gouvernement français.

Pendant ce temps, là-bas, en Russie en octobre 1917 se déclenche la révolution bolchévique. Les médias de l'époque n'étaient pas aussi importants que maintenant mais les nouvelles circulaient quand même. Les officiers souhaitaient rester fidèles au tsar. En

revanche, de nombreux soldats cherchèrent à déserter et semèrent le trouble. L'armée française demanda aux soldats russes loyalistes de réprimer très sévèrement les mutins.

Une église et un cimetière russes sont créés à Saint-Hilaire-le-Grand près de Mourmelon. Une association d'anciens combattants russes sur le front français est créée (ASCERF ) et affiliée à l'Union Nationale des Combattants (UNC ). Grâce à son travail, elle a réussi à maintenir le souvenir de ces combattants venus de si loin, des « soldats russes morts pour la France ».

A l'armistice, le général Lokhvitsky et son épouse, née Anna Golovine, s'installent au 49, rue Lemercier dans le 17ème arrondissement de Paris où j'ai vécu. Il rejoint ensuite la Russie.

En Russie, les armées « blanches » continuent à se battre contre les « rouges ». Citons les généraux Wrangel , Kornilov, Denikine et l'amiral Koltchak couvrant toute la Sibérie. Nicolas Lokhvitsky rejoint l'Amiral Kolchаk qui lui confie le commandement d'un corps

d'armée dans l'Oural. Il devient ensuite son chef d'état major.

Malheureusement, l'aventure capote, Koltchak est fusillé. Nicolas Lokhvitsky réussit à rejoindre la France.

De retour à Paris, il donne des conférences et, n'ayant ni solde ni retraite,

il devient emballeur de paquets cadeaux au magasin des "Galeries La Fayette".

Nicolas Lokhvitsky repose désormais au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois en région parisienne. En prévision du centenaire, Son Excellence l'ambassadeur de Russie en 2013, Alexandre Orlov, me propose non seulement de rénover mais de remplacer la tombe de Nicolas Lokhvitsky, par une tombe de Général, d'autant plus qu'il est désormais classé « héros de Russie ». Réunions à l'ambassade, j'accepte les plans, puis inauguration en novembre 2014.

Je reçois à Brest par deux fois la 1ère chaîne russe, Rossia 1, venue m'interviewer.

Depuis, différents monuments dédiés au corps expéditionnaire ont été inaugurés, à Paris près du Pont des Invalides où le 11 novembre dernier je rencontre le Président Vladimir Poutine, à Courcy commune située près de Reims et délivrée par les russes, à Marseille pour l'arrivée de la 1ère Brigade, et à Brest dernièrement pour la 3ème Brigade, celle du général Marouchevsky .

12 septembre 2019

Colonel BIDAULT Bernard-Noël

Arrière-petit-fils du Général Lokhvitski

Ancien conseiller-réserve du commandement de la gendarmerie maritime

Officier de l'Ordre National du Mérite

Histoire du petit-fils de Pierre Gortchakoff

                                                        Pierre Michel Gortchakoff (1897-1942)

 

 

Pierre Gortchakoff est né à Irkoutsk, le 29 juin 1897, mais grandit à Sretensk, Cité de Transbaïkalie où passe la rivière Chilka, un affluent du fleuve Amour, qui borde la frontière avec la Chine.  Il est élevé par la famille Vassilieff.

Le 20 mai 1916, il est enrôlé dans l'armée russe et rejoint la 2ème Brigade d'Artillerie sibérienne.

Le 16 juillet 1917, il embarqua sur le croiseur auxiliaire Le Lorraine, à Arkhangelsk et débarqua à Brest, le 26 juillet 1917. Il rejoignit Toulon par le train, via Orange et Marseille et embarqua sur le vapeur « Constantin », en direction de Salonique, le 4 août 1917 où il arriva le 17 août.

Pierre (à droite) avec son ami de la Légion

Basile Koutchenkoff

Il fut alors envoyé sur le Front de Macédoine, dans le 5ème secteur le 23 août, où il combattit jusqu'au 18 janvier 1918. Il fut alors envoyé à l'intendance militaire des étapes de Vodena (Grèce) où il resta jusqu'au 13 juin 1918. Le 13 juin 1918, il s'engagea dans un Régiment de Marche de la Légion Étrangère, n°49003, qui faisait partie de la 10e Division Marocaine, qui combattit sur le Front de Champagne, en France et qui fut positionnée en Allemagne après l'armistice. Le 23 février 1919, il doit se présenter à Marseille, au 6e Régiment de Hussards, pour être démobilisé.

Légion Étrangère - Feuillet de Campagne et Ordre de route

Demande d'obtention de la carte de combattant

Dans la cité phocéenne, il va alors travailler comme journalier avec d'autres amis russes, dont Jean Sinitzki, Paul Griaznov ou Basile Koutchenkoff. Il se marie en 1923 avec une italienne, Irène Grisendi qui lui donnera 6 enfants, et va habiter, fin 1920, dans le quartier de l'Estaque, à Marseille, au Vallon du Marinier, toujours habité par les descendants de certains de ses amis russes. Engagé  en 1921 à l'Electricité de Marseille, en tant que charbonnier, il devint chauffeur.

Il garda un contact avec la Russie grâce à la correspondance épistolaire avec son ex- jeune fiancée de Stretensk, une certaine Alexandra, qui se maria en 1918 avec un prisonnier autrichien emprisonné en Sibérie. Partie à Vienne avec son mari, Alexandra Neuntefel écrivit pendant des années à Pierre, pour lui donner des nouvelles du pays et lui exprimer son mal-être.

Pierre, toujours nostalgique de la Russie, s'était fait envoyer une Balalaïka via le consulat russe à Marseille, où il connaissait un certain Victor Cheremisovo.

Pierre Gortchakoff est décédé le 6 janvier 1942, à Marseille, d'une crise cardiaque, laissant une veuve et 6 enfants.

20 septembre 2019

Thierry Giraud

Petit-fils de Pierre Gortchakoff

Histoire de la petite-fille de Vassily Gounine

Mon grand-père Basile est né à Voronej le 02 janvier 1895.

Lorsqu’il est mort en 1966, c’est mon grand-père russe qui disparaissait et je n’imaginais pas que 50 ans plus tard, après avoir rencontré les autres descendants de soldats russes et participé aux cérémonies du centenaire de l’arrivée du Corps Expéditionnaire Russe à Marseille en avril 2016, son histoire allait prendre autant d’importance pour moi.

 

Engagé dans l’armée du tsar Nicolas II, il voyagera durant 3 semaines par le Transsibérien jusqu’à Dairen alors au Japon, pour constituer la 1ère Brigade du Corps Expéditionnaire Russe. Après un long voyage en bateau par le golfe de Corée, Shanghai, Singapour, Bombay, Aden et Port Saïd, il arrivera à Marseille le 20 avril 1916.

Après un passage par le camp de Mailly dans la Marne pour apprendre des rudiments de notre langue et à manipuler les armes françaises, il participera aux

combats de la bataille de la Marne, notamment dans la région de Suippes, puis au fort de la Pompelle près de Reims, et enfin à Courcy pour la prise du Fort de Brimont.

Suite à l’agitation dans les troupes russes au moment de l’insurrection en Russie en février 1917 puis à l’abdication du tsar un mois plus tard, il sera éloigné du front avec ses compatriotes, dans un premier temps à Neufchâteau dans les Vosges, puis au camp de La Courtine dans la Creuse.

Vassily Gounine - 1895-1966

Après l’épisode du camp, il choisira d’intégrer la Compagnie de travailleurs russes. Il sera recruté par un entrepreneur normand avec lequel il travaillera comme maçon à Rouen, sur le chantier de restauration de la cathédrale. Il ira ensuite participer à la reconstruction de la petite ville d’Haybes à coté de Fumay dans les Ardennes, ville qui avait été brulée au tout début de la guerre par les Allemands. Resté dans la région, il travaillera ensuite dans l’ardoisière Sainte Anne à Fumay, à 7 km d’Oignies en Belgique.

C’est dans ce contexte, qu’allant à Oignies avec des amis, il va rencontrer Julia, de nationalité belge, qu’il épousera en 1921. Ils décideront d’habiter en France. Ils auront 8 enfants vivants. A la naissance du premier garçon en 1932, il prendra la nationalité française.

Il quittera son travail aux ardoisières pour devenir mouleur en fonderie à Fumay aux usines Toussaint, puis aux usines Pied-Selle. Etant issu d’un milieu paysan en Russie, il aimait la terre et allait travailler dans son jardin et dans les champs qu’il adorait faucher et faner ; il s’occupait aussi de ses quelques vaches, ses poules et ses lapins avant et après sa journée de travail.

Alors qu’il correspondait jusque-là avec sa mère en Russie, il perdra tout contact avec elle en 1935 après avoir envoyé des photographies de la communion de ses deux ainées. Il a appris auparavant par sa mère que son père est mort du choléra et que son frère a été déporté.

Après cette rupture avec sa famille et la Russie, son caractère deviendra taciturne, il se repliera sur lui-même et entretiendra son jardin secret dans une dépendance de la maison familiale où il conservait notamment ses patins à glace amenés de Russie, et la correspondance avec sa mère.

Le seul lien qu’il entretenait avec son pays natal était son ami Isidore, un Ukrainien arrivé comme lui à Fumay avec la guerre, et avec lequel il échangeait en langue russe.

Après un déménagement, tous ses souvenirs de Russie ont disparu (lettres et photos…). La seule photo de lui en soldat dont je dispose, figure plus haut dans ce document.

Vassily aux champs, où il aimait être

Pour la petite-fille que je suis, mon pépère Basile reste quelqu’un de discret, qui échangeait peu avec moi.

Le seul signe d’affection dont je me souvienne est de le sentir passer sa main dans mes cheveux avec tendresse.

J’ai toujours rêvé d’aller dans cette région de Voronej dont il est originaire pour voir les terres où il a grandi, et éventuellement rencontrer des descendants de sa famille. Ne disposant d’aucun document officiel, l’horizon s’est éclairci après ma participation aux journées du souvenir à Marseille en 2016 et à la Courtine en 2017. Des contacts ont été noués et des pistes de recherche se sont ouvertes.

Les dossiers de naturalisation étaient bloqués à Fontainebleau pour cause d’inondations. Après deux ans d'attente, j’ai enfin pu obtenir son certificat de naturalisation à Pierrefitte-sur-Seine. J’ai ainsi obtenu de nouvelles informations, mais le chemin jusqu'à Voronej sera encore long… et ce d’autant plus que je ne maîtrise pas la langue russe.

 

08 octobre 2019

Annick HÉNON

Petite-fille de Vassily GOUNINE

Histoire des petits-enfants de Feodor Mamontoff

De la Russie à l’oubli, des silences aux recherches,

de la mémoire à l’hommage, enfin !

 

1915 en Russie : à 22 ans le soldat Feodor Mamontoff fait partie du 21ème Bataillon de Réserve.

 1916 : en janvier,  il est enrôlé dans la 1ère Brigade Russe Spéciale, appelée à combattre en France. Il laisse derrière lui ses parents, ses deux frères, sa Patrie et ne sait pas encore qu'il ne les reverra jamais.

Dès février, par convois de trains puis de navires, les soldats de la 1ère BRS sont transportés jusqu’à Marseille où ils débarquent en avril.

1916 -1917 : Feodor Mamontoff participe aux combats sur le Front de Champagne.

1917 : en avril, avec la 1ère Brigade, le sergent Mamontoff se bat courageusement dans les offensives meurtrières du Chemin des Dames, notamment en libérant le village de Courcy.

En juin, dans la tourmente du pouvoir russe en place, la contestation gagne les brigades russes. Elles sont retirées du front et envoyées au camp de La Courtine dans la Creuse. En septembre, une mutinerie éclate au sein de la 1ère Brigade et est sévèrement réprimée par les armes. Quelle fut la réaction de Feodor Mamontoff au milieu de ces évènements ? Nous l’ignorons.

 1918 : Feodor Mamontoff  est affecté à la Compagnie de travailleurs militaires 4/2, près de Chartres (27). Il travaille sur les terres du Château d’Houville la Branche.  Hasard ou lien direct, le Château d'Houville appartient alors au Capitaine Étienne de Maleissye (État-Major de l'Armée - Mission militaire française en Russie en mars-avril 1917). Il a rédigé plusieurs rapports sur la situation en Russie au moment de l'abdication du Tsar Nicolas II.

Feodor Nicolaïevitch MAMONTOFF  

Fils de Nicolaï et de Maria Karatoff

 Né le 8 juin 1892 à Lambasroutcheï (Carélie - Russie)

Décédé à Dijon (France) en 1974

Pourquoi est-il resté en France ?

Au château d'Houville, il tisse des liens amicaux avec le personnel du château malgré l'obstacle de la langue et rencontre Jeanne qui succombe très vite au charme de ce beau russe aux yeux bleus-gris. Il a 27 ans elle en a 34 ! Jeanne est enceinte, avant même la démobilisation de Feodor. Ainsi il a scellé son destin en France car il n'abandonnera pas Jeanne ! Il ne demandera pas son rapatriement.

 Fin 1919 Feodor est démobilisé. Le couple part dans la région d'origine de Jeanne en Côte d’Or, à Gevrey-Chambertin, près de Dijon. Olga naît en avril 1920. Puis des jumelles naîtront en juin 1921 : Marcelle et Réjane (notre mère).

Au château d'Houville avec le personnel du château

Feodor cherche du travail mais pour un étranger ne parlant pas le français c’est difficile.

Enfin, début 1922, il trouve du travail comme mécanicien dans une forge à quelques kilomètres de Dijon, à Til-Châtel, où la famille s'installe. Il y restera jusqu'à la fin de sa vie.

Avec peu de moyens, la vie de la famille n'est pas facile, et l'arrivée d'un Russe dans un petit village après la guerre suscite la curiosité et la méfiance. Les filles grandissent, vont à l’école. Elles font leur « Communion catholique ». Réjane, notre mère se souvient « On nous appelait les Russki, on se sentait différentes des autres » Pourtant, Feodor fait tout pour s’intégrer : il continue d’apprendre le français, participe à la vie du village. Il ouvre un petit café.

Il sait se faire apprécier par son courage et sa gentillesse. Son prénom est francisé en Théodore, il met son passé entre parenthèses pour ses filles. Pendant la Seconde Guerre mondiale,  Feodor va participer localement à des actions de Résistance.

Le silence et les regrets

Même si nous l’avons bien connu, nous ignorions absolument tout de l'histoire de notre grand-père. Quand nous étions enfants, le silence était de mise comme dans beaucoup de familles :  Les enfants ne pouvaient pas poser de questions et s’ils le faisaient ils n'avaient aucune réponse. Nous n'avons pas entendu notre grand-père parler de son passé, dire pourquoi il était là ! Même ses filles ne savaient rien !

Après avoir entrepris nos recherches, nous avons interrogé notre mère et avons compris « Votre grand-mère Jeanne ( décédée en 1948) ne voulait pas que votre grand-père parle de la Russie, de sa famille, elle ne voulait pas qu'il voit ses amis soldats... ». « À la maison on entendait parfois crier les loups » est peut-être l’un des  seuls souvenirs qu’il a partagé !

Pendant nos vacances, nous avons souvent pu le suivre dans ses occupations car il aimait cultiver son jardin, aller ramasser des champignons, partir à bicyclette à la pêche ( ah le brochet rusé…), comme sans doute il le faisait chez lui !

C'était notre grand-père russe, notre « Pépère » comme on disait avant.  Il roulait les « r », il suivait l’actualité de la Russie,  il chantait Kalinka, et les airs traditionnels en dansant.  Pour tout cela nous l'aimions. Et ô combien il aimait ses petits enfants !

Que de regrets !

Feodor en 1970

Il décède en 1974, à 82 ans, sans avoir jamais revu

ni sa Patrie ni sa famille

Les recherches et l’hommage

Fin 1994, 20 ans après la mort de notre grand-père, notre mère nous a remis  une petite valise. Elle contenait quelques objets, pas mal de photos, de cartes, une Carte de Réfugié et un album photos de voyage, avec un titre mystérieux écrit en Russe « Через Моря и Океаны во Франции ». Pour nous, toute sa vie  d’alors tient dans cette petite valise !

En 1995, nous commençons les recherches  ! 1ère question : où se trouve son lieu de naissance ?

Après de multiples consultations d’Instituts russes, de bibliothèques... et l’apprentissage du russe pour lire les cartes, nous avons trouvé  Lambasroutcheï en Carélie.

2ème  question : quand et comment est-il arrivé en France ?

Il a fallu beaucoup de recherches et de courriers, en France, en Russie, à New-York,  pour lever peu à peu le voile sur  l'histoire du Corps Expéditionnaire Russe.

Quinze années passent. Nos tentatives  de retrouver de la famille en Russie restent vaines, sauf apprendre qu'il vivait peut-être en Ukraine quand il est enrôlé dans la 1ère Brigade ! Encore tant de questions !

Dans le même temps de nombreuses archives s'ouvrent à tous. Nous découvrons alors que c'est non seulement l'histoire de notre grand-père qui nous intéresse, mais l'histoire extraordinaire de ces 40 000 soldats envoyés en France et à Salonique en 1916, en plein dans l'enfer de la grande guerre, combattre pour la liberté. Les années du Centenaire nous ont permis heureusement d'honorer leur mémoire et de rencontrer d'autres descendants.

Notre grand-père décède en 1974, à 82 ans, sans avoir jamais revu ni sa Patrie ni sa famille.

Mais il nous a transmis le sang slave qui coule dans nos veines et nous sommes profondément attachés à la terre de Russie, à son histoire, sa culture, sa littérature, sa musique qui nous vont droit au cœur !

Il n'est pas trop tard pour  lui rendre l'hommage qu'il mérite ! C'est ce que nous faisons et, du ciel de sa Russie natale, il nous voit sûrement...

« Aujourd'hui, nous imaginons combien tu as dû souffrir du déracinement, combien tu aurais été heureux de pouvoir nous raconter ta terre, ta famille.... Et répondre à nos questions ! Nous  comprenons enfin  pourquoi ton regard semblait parfois se perdre au loin...... vers la Russie !

Pour toi Feodor, pour vous Vassili, Piotr, Sergueï, Georges, Simon, Stepan, Vladimir... et tous ceux du Corps Expéditionnaire Russe, nous voulons rattraper tout ces silences, tous ces manques, interdire ces oublis de vos sacrifices !  Nous devons continuer à vous rendre une reconnaissance  et un hommage  permanent »

15 octobre 2019

Marie et Ivan Bellegou Mamontoff

Petits-enfants de Feodor Mamontoff